Famille: Leclanché
Région: Auvergne
Date de publication: 21.07.2009
Mes frères, ma sœur et moi avons grandi en la présence de Camille, notre oncle et de Simone, notre tante. Ils ont toujours fait partie de la famille puisque notre grand-mère ne vivait que pour et dans ce souvenir, le souvenir de ces deux enfants engagés, à 22 et 26 ans, dans la Résistance. Déportée, Simone est décédée accidentellement en 1946. De Camille, il a fallu attendre 2003 pour sinon apprendre, pour le moins admettre qu’il fut achevé dans une forêt aux environs de Vichy. Il n’y a pas eu de récit circonstancié autrement qu’à notre demande mais « une toile de fond ». On ne nous a jamais forcés à rendre nos dévotions à leur mémoire. Forts de leur absence, des mystères qui entourent encore leur disparition, Camille et Simone ont simplement été là. Dans le microcosme clermontois, il nous arrive encore, 65 ans après, de rencontrer des gens qui ont gardé leur souvenir soit parce qu’ils les ont connus, soit parce que leurs parents les ont côtoyés. Cela nous les rend « vivants ». Il m’arrive d’illustrer des articles historiques avec leur photo ; c’est une façon de leur prêter des petits rabs de vie. Lorsque le journal La Montagne a réalisé un hors-série sur l’Auvergne en 1945, l’infographiste est tombé amoureux de Simone à travers son image ! Un jeune homme, que je ne connais pas, commente sur son blog le regard de Camille « croisé » dans une exposition. Autant de moments chaleureux, de clins d’œil. Parfois je me dis qu’il n’y a pas plus vivants que ces morts-là.
Que me reste-t-il de la mémoire de ce combat familial ? La force et le chagrin qui sont la synthèse de cette histoire. L’exemple du courage (l’aurais-je eu ?) de cette fratrie est une ressource dans les moments difficiles de ma vie. Là, je me dis que je ne peux pas la jouer « petit bras » ; que je dois être fidèle à cette filiation qui a imprégné mon éducation. Parce que leur engagement ne tient pas du hasard. J’ai lu la correspondance échangée entre leurs parents (ma grand-mère décédée en 1981 et mon grand-père mort en 1925 !) pendant la Grande Guerre et tout ce que Simone, Camille et Edmond (mon père, également résistant) ont été, résulte de leur mentalité de « battants ». Quant au chagrin, il tient à la culpabilité de survivant qu’a portée mon père pendant toute sa vie. Il a été le moteur de son énergie, animé qu’il a été de vivre pour trois, trois fois plus fort pour ne pas laisser de place à la peine, pour ne pas s’avouer vaincu.
Cette histoire de solidarité fraternelle m’a toujours inspirée. Il y a un contexte lié à l’époque (où la solidarité était aussi un mode fonctionnement au-delà d’une prise de position politique ou intellectuelle) et à l’histoire familiale (trois enfants très tôt orphelins de père). Mais c’est également un exemple de solidarité tout court. Une façon de voir la vie en société dans ce qu’elle doit avoir de dignité et de respect. Quand j’ai demandé, tardivement, à mon père ce qui avait motivé son engagement dans la Résistance, sa réponse première a été : « L’injustice ». J’ai 46 ans, mon fils en a 22 ; notre façon de nous montrer solidaire, c’est de refuser l’injustice, coûte que coûte.
› Retrouvez le récit complet de la famille Leclanché pendant la guerre dans le livre « Résistance : histoires de familles » de Dominique Missika et Dominique Veillon, aux éditions Armand Colin, le 7 octobre en librairie.






